L’instauration du multipartisme en Afrique au début des années 1990 suscita de grands espoirs. La raison de ce branle-bas de combat est simple : qui dit élections transparentes, dit aussi respect des libertés individuelles et des droits. Mais que faut-il retenir du principe de la pluralité politique en Afrique ? Où en est-on actuellement ?
Ce qui est certain, c’est que le pouvoir politique est toujours été, et reste encore, malheureusement, une chasse jalousement gardée. Mais peut-on vraiment en être surpris ? Les armes grondent n’importe quand, n’importe comment, pour n’importe quoi…
Un constat s’impose : les déclarations pompeuses des dirigeants qui soutiennent mordicus être en conformité avec les normes éthiques concernant la promotion et la protection des droits humains sont, dans bien des cas, sans fondement réelle. Autrement dit, il y a un déphasage qui confirme la différence — et elle est énorme ! — entre les discours et les actes…
Devant cette situation de plus en plus préoccupante, des individus intéressés par la paix agissent, chacun à sa manière, pour promouvoir une culture de non-violence. C’est sans doute dans le même esprit qu’a été créé le Centre Africain de Prévention et résolution des Conflits(ACPRC).
Nous nous sommes entretenus avec Monsieur Médard NZE EKOME, co-fondateur et président de la structure précédemment citée, qui est actuellement en poste à Londres, en Grande-Bretagne, où il occupe les fonctions de Premier Conseiller d’Ambassade au sein de la représentation diplomatique du Gabon, son pays. Ministre Plénipotentiaire, il est titulaire d’une licence en sciences sociales et d’un diplôme d’études diplomatiques.
Dans l’exercice de sa profession, le diplomate a servi dans plusieurs pays : Suisse, Vénézuela, Togo. Fortement préoccupé par les questions relatives à la sécurité collective, il a participé à plusieurs colloques internationaux consacrés à la paix et aux relations internationales. Ceux-ci furent organisés par le Centre Régional des Nations Unies pour la Paix et le Désarmement en Afrique et bien d’autres organismes œuvrantdans ses domaines d’activités.
Par ailleurs, cet activiste pour la paix est membre de l’International Institute for Strategic Studies de Londres et du Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix.
À titre de rappel, il convient de signaler que Monsieur NZE EKOME Médard s’exprime ici en sa qualité de président d’une O.N.G.
Tolerance.ca : Vous êtes le Président Fondateur du Centre Africain de Prévention et résolution des Conflits, une organisation non gouvernementale qui a son siège à Londres, en Angleterre. Quelle est la mission de votre organisme ?
Je commencerai par un grand merci à l’adresse de l’Organisatrice de la présente interview – Ghislaine Sathoud. Une initiative qui dénote de l’intérêt que l’auteure porte à notre ONG qui, se dénomme: Centre Africain de Prévention & Résolution (ACPRC/CAPRC, sigles anglais et français). Son siege est à Londres (Grande-Bretagne). Tout aussi, par rapport à la question centrale, il n’est pas sans importance de faire une brève genèse de cette structure non-gouvernementale, dont la caractéristique est à but non lucratif, ce, d’autant qu’elle ne distribue pas du profit à ses membres.
Ceci dit, le CAPRC a pris corps au mois de décembre 2009, bien que, étant l’oeuvre personnelle de Monsieur NZE EKOME Médard (Président), celle-ci a bénéficié et continue de bénéficier de l’expertise technique de Monsieur Patrice de BOECK, qui occupe actuellement le poste de Conseiller stratégique. En raison de sa vocation régionale, le CAPRC se positionne en qualité de, Organisation internationale non gouvernementale (OING). Dans cette optique, il entend exercer ses activités dans plusieurs pays d’Afrique, mais particulièrement à l’échelle sous-régionale d’Afrique Centrale. Certes, dans ce monde post-Guerre froide, nous assistons à une forte résurgence des crises géopolitiques (conflits intra-étatiques notamment) à l’échelle planétaire, d’aucuns pensent que l’Afrique reste globalement crisogène. Et l’arc de l’Afrique Centrale symbolise cette conflictualité permanente, avec la Région des Grands Lacs comme épicentre.
Dans ce contexte où la conflictualité va, crescendo, en considérant les insuffisances de la diplomatie traditionnelle, étatique (Track one), à l’égard de la résolution des conflits post-Guerre froide, le mouvement non-gouvernemental de négociation/médiation de paix privilégie dans la plupart des situations de crise, plutôt, une approche complémentaire par rapport aux États et Organisations internationales, et ce, au détriment des actions concurrentielles. Optant ainsi donc, la diplomatie à voies multiples (multi-track diplomacy). Notre O.N.G. entend s’inscrire dans cette logique.
Pour revenir à votre question centrale, celle de la mission assignée au CAPRC, essentiellement ce dernier étant une O.N.G. de Paix, par définition, la promotion de celle-ci en Afrique particulièrement, reste dans l’activité cardinale. Mais adossée du fait de leur interaction, à deux volets importants: désarmement et développement.
Paix - Alors que le concept de paix générale n’est pas encore acquis, en dépit de ses références rhétoriques dans les discours officiels contemporains, face au galvaudage de ce concept, d’autant que cela ne reflète pas toujours la réalité (voire, le planisphère des conflits du monde en 2011), je pense que la paix doit devenir un objet d’intérêt, et non une simple commodité destinée à masquer des ambitions secrètes de certains hommes politiques ou politiciens, comme cela se passe en d’autres cieux à présent.
De ce constat, notre O.N.G. se fixe pour objectif, de militer pour une paix positive afin de libérer les énergies, en lieu et place d’une paix négative fondée sur la peur comme à l’état. D’où enfin, je fais sienne cette sentence de Charles de Secondat de Montesquieu: “Si dans l’intérieur d’un État vous n’entendez le bruit d’aucun conflit, vous pouvez être sûr que la liberté n’y est pas. Considérations sur les causes de la grandeur des Romains”, fin de citation.
Désarmement – la question du désarmement global reste toujours une des préoccupations principales de la Communauté internationale jusqu’à présent, du fait que celui-ci est un des piliers pour l’instauration d’une paix durable. Nous constatons que depuis la Seconde Guerre mondiale jusqu’actuellement, malgré la Charte des Nations unies, des conventions et autres institutions pertinentes, la paix et la sécurité internationale ne reposent pas principalement sur le droit. Mais elles reposent d’abord sur les armes, la dissuasion nucléaire, les politiques d’équilibre de puissance (Balance of Power), voire un certain interventionnisme. Tout relève de la volonté politique des États, et surtout les plus puissants. Et cet aperçu historique est une illustration parfaite de ce constat.
En effet, la diplomatie de désarmement trouve ses origines dans les relations Est-Ouest, dont particulièrement dans le cadre des négociations bilatérales Américano-soviétiques amorcées dès le début des années 60, et ce, afin de contenir une éventuelle guerre nucléaire. À cela, la crise des missiles de Cuba impulsera toute une série d’initiatives. D’abord, le premier accord (1963) du fameux Téléphone rouge, destiné à établir une communication permanente et directe entre Washington et Moscou. Il sera suivi d’un autre au début 1970, modernisé en 1971 et 1984. Tout aussi, cette fois-ci à l’échelle universelle. Les États-Unis et l’URSS sont à l’origine de plusieurs accords visant à l’universalité, c’est le cas notamment du Traité de Moscou sur l’interdiction des essais nucléaires dans l’atmosphère et sous l’eau en 1963.
Cependant, depuis la fin du système bipolaire, si la diplomatie de désarmement enregistre des avancées significatives, pour ce qui concerne les armes de destruction massive (NBC), tel n’est pas le cas de l’armement conventionnel, en particulier les armes légères et de petit calibre. Leur accumulation excessive découlant du trafic illicite, alimente le nombre grandissant des conflits intra-étatique, de l’après Guerre froide. C’est pourquoi, en raison des pertes élevées que ces armes font chez les civils, essentiellement, lors de la Conférence des Nations unies sur les armes légères et de petit calibre, en juillet 2011, le Secrétaire général de l’ONU, de l’époque, Kofi Annan les a qualifiées d’«armes de destruction massive». D’où un appel solennel à la Communauté internationale pour juguler ce fléau.
Développement - «La plus grande source d’instabilité de notre planète est, de loin, la pauvreté, et ce qu’elle draine comme frustration et comme désespoir», James Wolfensohn, ex-président de la Banque Mondiale.
Comme je viens de le souligner pour ce qui concerne la Paix proprement dite, le désarmement, le développement économique et social est l’un des objectifs poursuivis par l’ACPRC.
Si l’on se place dans l’appréciation, le développement est défini comme «l’élargissement de l’éventail des possibilités offertes à l’homme». À la différence de la notion de croissance qui, elle, renvoie simplement à l’enrichissement économique d’un pays, le concept de développement implique une appréciation qualitative de l’amélioration des conditions de vie des populations. Autrement dit, si aucune politique sociale de redistribution des richesses n’a lieu au niveau national, il peut y avoir croissance sans développement, entrainant ainsi des injustices sociales criantes, source d’instabilité politico-sociale.
L’Afrique sub-saharienne nous offre ce triste spectacle car, en dépit des potentialités énormes dans les domaines minier, forestier et halieutique, le continent noir compte les trois quarts des 48 pays les moins avancés de la planète. La politique économique basée sur la rente n’a jusqu’à présent donnée satisfaction aux populations. Même si certaines économies africaines connaissent des taux de croissance élevés, du fait de la hausse des prix des matières premières, en certaines circonstances, la corruption, la gabegie font que cette croissance économique n’a pas des retombées positives sur le développement. Les dysfonctionnements qui en découlent sont en partie à l’origine des crises dégénératives du moment.
Tolerance.ca : Dans son allocution prononcée le 20 juin 1990 à La Baule, dans le cadre de la Conférence des Chefs d’État de France et d’Afrique, Monsieur François Mitterrand, président français à cette époque, rappela, sans tergiversation, la problématique « des réalités difficiles et parfois angoissantes » qui affligent les populations africaines. Vingt ans plus tard, en 2010, plusieurs pays africains ont célébré le cinquantenaire de leurs indépendances. Certains observateurs avertis, profitant de cet anniversaire, ont tiré la sonnette d’alarme pour interpeller l’opinion publique sur la situation sociopolitique désastreuse du continent. Quels constats tirez-vous de l’état actuel de l’Afrique ?
Comme vous le savez, le sommet Franco-Africain de la Baule (19-21 juin 1990) ponctué par le discours mémorable du Président français, Monsieur François MITTERRAND, s’est déroulé dans un contexte international de la fin de la Guerre froide.
Quant au discours proprement dit, prononcé le 20 juin 1990, et, dans lequel le Chef de l’État français annonçait que la France allait lier désormais «tout effort de contribution aux efforts qui seront accomplis pour aller vers plus de liberté», le sens de la tonalité de celui-ci s’inscrivait à mi-chemin de deux événements décisifsde la fin du XXe siècle: la chute du Mur de Berlin (9 novembre 1989) d’une part, et, la disparition de l’URSS (25 décembre 1991) «en tant que réalité géopolitique et sujet du droit international» d’autre part.
Certes, Monsieur François MITTERRAND, en arrivant au pouvoir en 1981, avait bien l’intention de donner une nouvelle impulsion à la politique africaine de la France, comme en attestent les rapports de Stéphane Hessel (mars 1990) et d’Alain Vivien (juillet 1990). Par exemple, dans le rapport de Stéphane Hessel intitulé «Les relations de la France avec les pays en développement», il écrit que la «politique française devrait être revue dans le sens […] du rejet de toute complaisance clientéliste».
Mais le poids du passé caractérisé par la relation privilégiée et parfois exclusive entre la France et ses anciennes colonies d’Afrique, la Raison d’État, voire la Realpolitik vont donner un coup d’arrêt aux tentatives de démocratisation et de multipartisme en Afrique noire. Le statu quo ante l’emportera sur la volonté de changement du premier Président socialiste de la Cinquième République. Du coup, les partisans d’un changement de la politique française s’estimant désavoués se retireront du Gouvernement, à l’instar de Monsieur Pierre Cot qui démissionne décembre 1982. Conséquence: «Le vent d’Est ne secouera pas les cocotiers». En l’absence de l’ouverture démocratique et des réformes économiques appropriées, la plupart des pays africains sont condamnés dans une posture archaïsante.
Tolerance.ca : Le Sommet de La Baule provoqua un fol emballement à l’échelle africaine. Cela s’est traduit concrètement par de nombreuses conférences nationales organisées dans différentes contrées, histoire d’instaurer des régimes démocratiques. Malheureusement, l’euphorie fut de courte durée, les vieilles habitudes étant trop ancrées dans les rouages de la politique. Autrement dit, c’est la démocratie canonnière qui s’applique : le pouvoir s’acquiert et se conserve, de façon illégitime, par les armes. Nombreux sont les hommes politiques qui affichent clairement leur refus d’aller aux urnes, et ils le font savoir en infligeant des violences armées à leurs concitoyens. Dans un tel contexte, comment est-il possible d’inculquer une culture de paix aux dirigeants africains ?
Permettez-moi de relever ceci : votre troisième question qui, est la suite de la précédente, n’est qu’un appendice. Ce faisant, je ne suis pas du tout d’accord avec vous le fait d’affirmer que, le sommet de la Baule était le fait déclencheur des revendication démocratiques en Afrique. Je m’en explique. Devant les images projetées par les télévisions du monde en direct, montrant le renversement de la dictature roumaine, un homme politique français de tendance socialiste avait observé : «Le vent d’Est secoue les cocotiers». Les images qui avaient fait le tour du monde y compris l’Afrique, ont eu un impact fort sur les populations.
On pourrait penser par conséquent que, la France et son Président, prenant le train en marche, ont voulu prévenir l’instabilité des pays africains, singulièrement, ceux du pré carré, avec la théorie des dominos, des événements ou révolutions, qui étaient en cours, en Europe Centrale et Orientale. À preuve, la vague de changement démocratique qui s’est opérée dans les anciennes satellites de l’ex-URSS n’a pas, pratiquement touché le continent africain, excepté l’Amérique latine. Mais attention aux conséquences éventuelles du « Printemps Arabe »!
Pour résumer, et par rapport à votre question, la culture de la paix. Comme cela a été souligné précédemment, à l’exception de quelques îlots démocratiques (Afrique du Sud, Botswana, Ile Maurice..), il est navrant de constater que la plupart des dirigeants africains qui accèdent au pouvoir en Afrique optent magistralement pour la culture de la guerre (coups d’État, violence électorale..) mais en ignorant la culture de la Paix, avec des conséquences négatives sur la stabilité du continent. En dépit de cela, nous devrions prendre conscience de la part de vérité de cette phrase qui figure dans les statuts de l’UNESCO: «Les guerres prennent naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix». Ce qui laisse entendre que des tentatives devront être faites par les différents acteurs de la Communauté mondiale afin de militer pour l’instauration d’une culture de la paix en Afrique. Comme l’avait initié le Pape Jean-Paul II en janvier 2002, en réunissant les représentants des grandes régions sur le thème de la paix. Enfin, les dirigeants africains devront s’inspirer de Nelson Mandela, par exemple qui n’a pas été vindicatif à l’endroit de ses anciens geôliers.
Et à titre d’illustration, en début de cette année, l’Institut d’économie et de paix (Institute of Economics & Peace) basé à New York, a, publié un indice pour mesurer la paix dans le monde, critère implicite du bien-être d’une population. Il ressort que les conclusions de cette étude placent l’Afrique en dernière position avec 40% des pays où le concept paix n’a pas de sens.
Tolerance.ca : Vous avez publié un ouvrage intitulé Le rôle et la contribution de l’ONU dans la résolution pacifique des conflits en Afrique. Pensez-vous que la participation de cette organisation peut contribuer à faire taire les armes ?
Je voudrais préciser à l’endroit de mon ouvrage dont vous faites référence, ici, qu’il n’est nullement question de faire l’apologie de l’Organisation des Nations Unies dans l’une de ses missions essentielles le maintien de la paix. Ceci dit, nous partons du constat que, parmi les objectifs énoncés dans l’article 1e de la Charte de l’ONU, le maintien de la paix et de la sécurité internationale et le désarmement occupent une place pivotale. Autrement dit, c’est le domaine d’action le plus en vue pour veiller à la sécurité collective.
Ayant pris corps sur les cendres de la défunte Société des Nations (SDN), dont les mécanismes n’étaient pas à la hauteur des tâches qu’on lui avait confiées, le cas de régler la question de la guerre et de la paix, l’ONU, contre vents et marées, dans un environnement d’hostilité, essaye de «préserver les générations futures du fléau de la guerre». Pour ce faire, bénéficiant de son statut d’une véritable organisation universelle – tel n’était pas le cas de la SDN -, l’ONU instrumentalise le Chapitre VI de la Charte relatif au règlement pacifique des différends et, dans des circonstances exceptionnelles, le Chapitre VII pour la prévention des conflits armés.
Durant la Guerre froide, et en raison du veto systématique opposépar l’un ou l’autre des deux Grands, le pouvoir de décision de l’ONU lui avait fait défaut jusque-là, mais depuis la rupture historique opérée en 1989 (cf. Chute du Mur de Berlin), celui-ci tente d’assumer pleinement son rôle que lui confère la Charte. Au titre de maintien de la paix, le nombre des opérations de maintien de la paix, sous Chapitre VI de la Charte connaisse une croissance exponentielle.
Cependant, il n’y a pas de quoi pavoiser. Si la diminution du nombre des guerres classiques entre États est forte depuis la fin du Monde bipolaire, en revanche, la catégorie des conflits intra-étatiques est très fournie (conflits de nationalités, ethniques…) durant la même période. La généralisation et l’émergence de cette nouvelle nomenclature de belligérance (Balkans, Région des Grands Lacs..) soulève des problèmes de gestion à la Communauté internationale (ONU). D’autant que l’Organisation mondiale, fondée pour régler les différends interétatiques, ne s’y ait pas préparée pour les guerres civiles.
Autre difficulté de taille, l’ONU n’a pas les moyens de sa politique de maintien de la paix. Aux déficits financiers pour financer les nombreuses opérations de maintien de la paix post-Guerre froide s’ajoutent des dysfonctionnements découlant de ce qui est convenu d’appeler l’action préventive, c’est-à-dire l’ensemble de ses interventions diplomatiques et opérationnelles préventives.
En dernière analyse, si les succès ou échecs de l’ONU dans le domaine du maintien de la paix dépend de l’engagement sans faille de la Communauté mondiale, cependant la volonté politique des cinq membres permanents du Conseil de sécurité (Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni et Fédération de Russie) ou P5, est déterminante.
Tolerance.ca : La Résolution 1325 de l’ONU, adoptée en 2000, condamne les violences perpétrées à l’encontre des femmes pendant les conflits armées. Dans les faits, quand les armes grondent, les femmes endurent des humiliations intolérables. Autre chose : elles sont souvent exclues des mécanismes mis en place pour la restauration de la paix. Avez-vous des suggestions qui peuvent aider à corriger ces irrégularités ?
Votre question est pertinente et d’actualité, ce, d’autant que celle-ci est l’une des préoccupations de la Communauté mondiale dans des situations de conflit post-Guerre froide, et fait l’objet des débats incessants dans les instances internationales. Comme vous le savez, le constat est que, dans les situations de conflit, les hommes et les femmes n’ont pas le même accès aux ressources, au pouvoir et la prise de décisions avant, pendant et après le conflit. Également, dans les situations de conflit, les femmes ne sont pas seulement victimes comme les hommes mais de façon récurrente la violence sexuelle est devenue une arme de « purification ethnique » dans les zones de conflit, comme cela a été le cas en Bosnie-Herzégovine et au Kosovo. Et en Afrique aujourd’hui, dont particulièrement en République Démocratique du Congo.
Ces actes ont des répercussions fortes sur les relations homme-femme dans l’après-guerre et, pèsent fortement sur les conditions de réconciliation. Tout comme la majorité des populations déplacées lors de conflits sont souvent les femmes et les filles.
Alors que la participation des femmes aux conflits et guerre est de plus en plus reconnue, cependant la spécificité de leur rôle n’est pourtant pas encore intégrée aussi bien pour la réinsertion des femmes combattantes après guerre, leur participation dans le processus de règlement et prévention des conflits ou de reconstruction après la guerre.
Tout aussi, les hommes et les femmes vivent le conflit armé de manières distinctes, qui peuvent à leur tout altérer les rapports sociaux de sexe. Les différents rapports dans ce domaine insistent sur la nécessité de sortir des représentations stéréotypées du rôle des hommes et des femmes dans les conflits. D’où la notion de « guerre » ou « gender ». Terme qui permet d’introduire la dimension sociale et culturelle de la différence des sexes.
En écho, la situation du genre dans les situations de conflits suscite des initiatives internationales.
- À l’échelle de l’ONU: en octobre 2000, le Conseil de sécurité des Nations Unies avait organisé sur le sujet «femme, paix et sécurité», qui a abouti, le 31 octobre, à la Résolution 1325 du Conseil de sécurité. La résolution reconnaissait, entre autres, l’importance de dispenser d’une meilleure compréhension de l’impact des conflits armés sur les femmes et les filles et mettait l’acccent sur la nécessité de disposer de mécanismes institutionnels, efficaces pour garantir leur protection et leur pleine participation aux processus de paix.
- Autre initiative, le programme d’action de Beijing (1995) et Beijing +5 demandent aux nations et aux organisations de redonner une place d’égalité aux femmes dans les représentations institutionnelles et dans les prises de décision de la sphère publique. Au-delà de cette approche universelle, des actions nationales ou locales, sous-régionales ou régionales doivent être encouragées
Au-delà de ces actions à l’échelle mondiale, il y a lieu de signaler cette fois à l’échelon régional (Afrique Centrale), la création de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République Démocratique du Congo (MONUSCO) par la résolution 1925 (juillet 2010), dont l’une des missions est de protéger les femmes contre les abus sexuels.
Tolerance.ca : Pour conclure, pouvez-vous nous parler de la contribution de votre ONG dans la prévention et la résolution des conflits ?
Comme cela a été mentionné déjà tout à fait au début de la présente interview, voilà un peu plus d’un an jour pour jour, que le CAPRC a pris son envol. Aussi, faut-il rappeler le contexte dans lequel a vu naître cette O.N.G. de Paix, contexte international marqué par une multiplication des conflits armés non internationaux ou guerres civiles, dont est en proie une partie de la planète.
Étant un des facteurs aggravants de l’instabilité qui menace le système international post-Guerre froide, les conflits infra-étatiques continuent à être le paysage conflictuel dominant en Afrique particulièrement. Conséquence: le continent africain détient un bon nombre de quasi-États (Somalie par exemple) aux souverainetés négatives sur les 54 (avec l’indépendance du Sud-Soudan) qui sont membres de l’Union africaine. En ajoutant à cette tragédie des graves crises humanitaires récurrentes, tels la faim, les réfugiés, les personnes déplacées.
Par rapport à ce chaos, se trouvent les motivations fondamentales de la création du CAPRC.
Se définissant comme un Think Tank, le modus operandi de notre O.N.G. se spécialise dans les études sur la prévention des conflits et leur résolution. À cette fin, elle entend jouer un rôle complémentaire par le canal de la diplomatie à voies multiples (multi-track diplomacy), à côté de la diplomatie traditionnelle (track one) des États et de l’Organisation des Nations Unies et ses agences.
Quant à son bilan pour le moment. Fonction à minima depuis sa création, nous avons de prime abord, bien voulu concentrer nos efforts sur l’incontournable question de mobilisation des ressources (d’ordre financier, humain, matériel) d’une part, et la quête en vue d’une reconnaissance internationale, par l’adhésion au mouvement non-gouvernemental mondial (système de partenariat) d’autre part.
Et à propos de ce deuxième volet, notre O.N.G., le CAPRC vient d’être admis, en qualité de membre de plein droit à IANSA (International Action Network On Small Arms), ONG internationale siégeant à Londres, dont le domaine d’action est axé sur le contrôle et la réglementation des armes légères et de petit calibre entre autres.
Enfin, d’ores et déjà, dans notre agenda, le CAPRC entend d’ici quelques mois, mener une campagne de désarmement à l’endroit des autorités politiques de l’Afrique Centrale, aux fins de la ratification de la Convention sur les armes légères et de petit calibre. Et ce, suite au message que venait de leur adresser le Secrétaire général à ce sujet, c’était lors des travaux de la 32e Réunion ministérielle du Comité Consultatif permanent de l’ONU chargé des questions de sécurité en Afrique Centrale qui s’est tenue à Sao-Tomé en début de cette année.
11 août 2011
Entrevue réalisée par Ghislaine Sathoud pour Tolerance.ca ®.
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