Centre Africain de Prévention et Résolution des Conflits

Tolerance.ca : La Résolution 1325 de l’ONU, adoptée en 2000, condamne les violences perpétrées à l’encontre des femmes pendant les conflits armées. Dans les faits, quand les armes grondent, les femmes endurent des humiliations intolérables. Autre chose : elles sont souvent exclues des mécanismes mis en place pour la restauration de la paix. Avez-vous des suggestions qui peuvent aider à corriger ces irrégularités ?

Votre question est pertinente et d’actualité, ce, d’autant que celle-ci est l’une des préoccupations de la Communauté mondiale dans des situations de conflit post-Guerre froide, et fait l’objet des débats incessants dans les instances internationales. Comme vous le savez, le constat est que, dans les situations de conflit, les hommes et les femmes n’ont pas le même accès aux ressources, au pouvoir et la prise de décisions avant, pendant et après le conflit. Également, dans les situations de conflit, les femmes ne sont pas seulement victimes comme les hommes mais de façon récurrente la violence sexuelle est devenue une arme de « purification ethnique » dans les zones de conflit, comme cela a été le cas en Bosnie-Herzégovine et au Kosovo. Et en Afrique aujourd’hui, dont particulièrement en République Démocratique du Congo.

Ces actes ont des répercussions fortes sur les relations homme-femme dans l’après-guerre et, pèsent fortement sur les conditions de réconciliation. Tout comme la majorité des populations déplacées lors de conflits sont souvent les femmes et les filles.

Alors que la participation des femmes aux conflits et guerre est de plus en plus reconnue, cependant la spécificité de leur rôle n’est pourtant pas encore intégrée aussi bien pour la réinsertion des femmes combattantes après guerre, leur participation dans le processus de règlement et prévention des conflits ou de reconstruction après la guerre.

Tout aussi, les hommes et les femmes vivent le conflit armé de manières distinctes, qui peuvent à leur tout altérer les rapports sociaux de sexe. Les différents rapports dans ce domaine insistent sur la nécessité de sortir des représentations stéréotypées du rôle des hommes et des femmes dans les conflits. D’où la notion de « guerre » ou « gender ». Terme qui permet d’introduire la dimension sociale et culturelle de la différence des sexes.

En écho, la situation du genre dans les situations de conflits suscite des initiatives internationales.

- À l’échelle de l’ONU: en octobre 2000, le Conseil de sécurité des Nations Unies avait organisé sur le sujet «femme, paix et sécurité», qui a abouti, le 31 octobre, à la Résolution 1325 du Conseil de sécurité. La résolution reconnaissait, entre autres, l’importance de dispenser d’une meilleure compréhension de l’impact des conflits armés sur les femmes et les filles et mettait l’acccent sur la nécessité de disposer de mécanismes institutionnels, efficaces pour garantir leur protection et leur pleine participation aux processus de paix.

- Autre initiative, le programme d’action de Beijing (1995) et Beijing +5 demandent aux nations et aux organisations de redonner une place d’égalité aux femmes dans les représentations institutionnelles et dans les prises de décision de la sphère publique. Au-delà de cette approche universelle, des actions nationales ou locales, sous-régionales ou régionales doivent être encouragées

Au-delà de ces actions à l’échelle mondiale, il y a lieu de signaler cette fois à l’échelon régional (Afrique Centrale), la création de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République Démocratique du Congo (MONUSCO) par la résolution 1925 (juillet 2010), dont l’une des missions est de protéger les femmes contre les abus sexuels.

Tolerance.ca : Pour conclure, pouvez-vous nous parler de la contribution de votre ONG dans la prévention et la résolution des conflits ?

Comme cela a été mentionné déjà tout à fait au début de la présente interview, voilà un peu plus d’un an jour pour jour, que le CAPRC a pris son envol. Aussi, faut-il rappeler le contexte dans lequel a vu naître cette O.N.G. de Paix, contexte international marqué par une multiplication des conflits armés non internationaux ou guerres civiles, dont est en proie une partie de la planète.

Étant un des facteurs aggravants de l’instabilité qui menace le système international post-Guerre froide, les conflits infra-étatiques continuent à être le paysage conflictuel dominant en Afrique particulièrement. Conséquence: le continent africain détient un bon nombre de quasi-États (Somalie par exemple) aux souverainetés négatives sur les 54 (avec l’indépendance du Sud-Soudan) qui sont membres de l’Union africaine. En ajoutant à cette tragédie des graves crises humanitaires récurrentes, tels la faim, les réfugiés, les personnes déplacées.

Par rapport à ce chaos, se trouvent les motivations fondamentales de la création du CAPRC.

Se définissant comme un Think Tank, le modus operandi de notre O.N.G. se spécialise dans les études sur la prévention des conflits et leur résolution. À cette fin, elle entend jouer un rôle complémentaire par le canal de la diplomatie à voies multiples (multi-track diplomacy), à côté de la diplomatie traditionnelle (track one) des États et de l’Organisation des Nations Unies et ses agences.

Quant à son bilan pour le moment. Fonction à minima depuis sa création, nous avons de prime abord, bien voulu concentrer nos efforts sur l’incontournable question de mobilisation des ressources (d’ordre financier, humain, matériel) d’une part, et la quête en vue d’une reconnaissance internationale, par l’adhésion au mouvement non-gouvernemental mondial (système de partenariat) d’autre part.

Et à propos de ce deuxième volet, notre O.N.G., le CAPRC vient d’être admis, en qualité de membre de plein droit à IANSA (International Action Network On Small Arms), ONG internationale siégeant à Londres, dont le domaine d’action est axé sur le contrôle et la réglementation des armes légères et de petit calibre entre autres.

Enfin, d’ores et déjà, dans notre agenda, le CAPRC entend d’ici quelques mois, mener une campagne de désarmement à l’endroit des autorités politiques de l’Afrique Centrale, aux fins de la ratification de la Convention sur les armes légères et de petit calibre. Et ce, suite au message que venait de leur adresser le Secrétaire général à ce sujet, c’était lors des travaux de la 32e Réunion ministérielle du Comité Consultatif permanent de l’ONU chargé des questions de sécurité en Afrique Centrale qui s’est tenue à Sao-Tomé en début de cette année.

11 août 2011

Entrevue réalisée par Ghislaine Sathoud pour Tolerance.ca ®.

You are viewing the text version of this site.

To view the full version please install the Adobe Flash Player and ensure your web browser has JavaScript enabled.

Need help? check the requirements page.


Get Flash Player